Wandercraft, Uma, Enchanted Tools, Pollen : la carte des robots humanoïdes français, leurs usages en usine et en service, leurs prix, et où se placer.
Bannière swanbase Robots humanoïdes français : qui construit quoi, à quel prix

En 2026, quatre entreprises françaises construisent un robot humanoïde ou l'ont dévoilé : Wandercraft (Calvin, en test chez Renault à Douai depuis février), Uma Robotics (Northstar, prototype présenté en juillet), Enchanted Tools (Mirokaï, version commerciale lancée en juin) et Pollen Robotics (Reachy, open source, rachetée par Hugging Face en 2025). Aucune ne vend au grand public. Les prix publics vont d'un robot d'entrée de gamme chinois annoncé à partir de 13 500 dollars à un robot de service français facturé autour de 50 000 euros à l'achat, abonnement en plus.

Vous cherchez la carte avant de décider où construire : les acteurs, les usages réels de leurs robots, les prix, et les places encore libres dans la chaîne pour une startup qui ne fabriquera jamais un humanoïde. La voici.

Les robots humanoïdes français en 2026 : la carte des acteurs

🗺️ Quatre constructeurs, un intégrateur, un héritage. Chacun vient d'un métier différent : l'exosquelette médical, l'IA de conduite autonome, l'ancienne équipe d'Aldebaran, la recherche en robotique développementale.

Wandercraft : de l'exosquelette Atalante à Calvin chez Renault

Wandercraft, scale-up parisienne, fabrique depuis plus de dix ans des exosquelettes auto-équilibrés pour la rééducation (Atalante) et la vie quotidienne (Eve). Son humanoïde industriel s'appelle Calvin-40. D'après l'enquête d'Amphisciences, magazine scientifique d'Ouest-France publiée en août 2026, Calvin mesure 1,70 m et travaille depuis février 2026 dans l'atelier des roues de l'usine Renault de Douai, où il saisit les pneus deux par deux, soit une trentaine de kilos par prise, avec une charge utile de 40 à 50 kg là où la plupart des robots mobiles plafonnent entre 3 et 10 kg.

L'histoire commence à une conférence de Cap Digital le 1er octobre 2024, où un expert robotique de Renault entend les mots « robots humanoïdes ». La feuille de route annoncée : une dizaine de robots dans les usines françaises et espagnoles fin 2026, puis 350 exemplaires fin 2027. Wandercraft présente Calvin avec un objectif de taux de défaillance inférieur à 1 sur 1 000, adossé à ses standards de fabrication de dispositifs médicaux.

Capture de la page Calvin-40 sur wandercraft.eu, l'humanoïde industriel de Wandercraft

Uma Robotics : Northstar, un prototype en neuf mois

Uma, pour Universal Mechanical Assistant, est sortie de l'ombre en décembre 2025 à Paris. Son cofondateur et CEO, Rémi Cadène, a passé environ trois ans chez Tesla dans le groupe Autopilot, sur les systèmes d'IA du véhicule et d'Optimus, puis a dirigé LeRobot chez Hugging Face, la bibliothèque open source de robotique. Le 7 juillet 2026, au salon Machina à Paris, il a présenté Northstar, un prototype bipède construit en neuf mois, selon Futura et Electrek.

Le prototype, encore suspendu à un câble de sécurité, tient debout quand on le pousse. Uma annonce un modèle de location plutôt que de vente, une cible manufacture, logistique et maison, et « 50 clients potentiels » en discussion d'après Electrek. Pas de produit livré à ce jour.

Enchanted Tools : Mirokaï, le robot de service à visage

Fondée en 2021 par Jérôme Monceaux et Samuel Benveniste, tous deux issus d'Aldebaran, Enchanted Tools construit les Mirokaï, des robots de service à tête expressive et oreilles articulées, conçus comme des personnages plutôt que comme des machines. Le 16 juin 2026, l'entreprise a lancé la version commerciale de ses robots dans son usine urbaine du 11e arrondissement de Paris, une ligne pilote de 300 m² inaugurée fin 2024.

Les usages, décrits par Jérôme Monceaux au Journal du Net en mars 2026 : assistance, surveillance et accompagnement émotionnel en santé, avec des déploiements en radiothérapie pédiatrique à l'Institut du Cancer de Montpellier et en EHPAD de l'AP-HP. L'entreprise produisait « par dizaines » et vise les centaines cette année, puis le millier.

Pollen Robotics : Reachy, l'humanoïde open source de Bordeaux

Pollen Robotics, fondée en 2016 à Bordeaux par deux anciens chercheurs de l'équipe Flowers d'Inria, construit Reachy, un humanoïde open source lancé au CES 2020 et utilisé dans une centaine d'exemplaires dans une vingtaine de pays. Le 14 avril 2025, Hugging Face a annoncé le rachat de Pollen Robotics, sa cinquième acquisition, pour vendre des robots open source et les relier à LeRobot.

Reachy est une plateforme de recherche et de développement, téléopérable en réalité virtuelle, que des laboratoires et des équipes produit achètent pour construire dessus.

Korben for People et les autres

Korben for People est une société française fondée par Lucas Goumarre, pharmacien de formation, qui édite un logiciel de gestion de flotte de robots de service multi-marques, facturé environ 150 euros HT par robot et par mois d'après Robot Magazine, et qui revend et loue des robots de nettoyage, d'accueil et de logistique pour la grande distribution et la restauration. Un reportage de TF1 en janvier 2026 montrait un humanoïde de son catalogue, d'une valeur de 150 000 euros, destiné à un site nucléaire. Korben est un intégrateur et un éditeur de logiciel ; le robot vient d'un autre constructeur.

D'autres noms circulent : le robot « Nio » d'une société française, non humanoïde, cité sur Reddit ; des laboratoires publics comme le LORIA à Nancy et le LAAS-CNRS à Toulouse, qui font tourner des Unitree G1 et H1 pour la recherche en locomotion.

NAO, Pepper, Aldebaran : l'héritage

La France a été pionnière. NAO, conçu par Aldebaran à Paris, reste le robot humanoïde le plus connu, présent dans les écoles et les laboratoires depuis 2006. Puis Pepper, puis Plato. Aldebaran, passée sous contrôle japonais puis allemand, a été placée en redressement judiciaire le 17 février 2025, a supprimé 80 postes sur 167, et a reçu au printemps 2025 deux offres de reprise, d'après La Tribune. Une partie de l'écosystème français des humanoïdes descend de cette équipe : les fondateurs d'Enchanted Tools en viennent.

Les acteurs français des robots humanoïdes en 2026

Les usages réels d'un robot humanoïde en 2026

🏭 Deux terrains, une limite. L'usine et le service. Et une liste de choses qu'aucun humanoïde ne fait encore de façon fiable.

En usine : des pneus par paquets de deux

Renault aligne 11 000 robots à six axes dans 23 usines, chacun rivé à un poste et à une tâche. Calvin se déplace, perçoit la scène avec une caméra de profondeur et des capteurs de force sous les pieds, et vide sept à huit chariots de 24 pneus en une heure et demie. La manutention lourde répétée est l'une des premières causes de troubles musculo-squelettiques dans l'automobile ; c'est la tâche qu'on lui confie en premier.

L'article d'Amphisciences décrit aussi le travail hebdomadaire : chaque semaine, les équipes de Renault et de Wandercraft ajustent la hauteur de la caméra, la longueur des jambes, le logiciel. Le déploiement d'un humanoïde est un travail d'intégration hebdomadaire qui commence à la livraison.

En service : accueil, logistique légère, surveillance

Les Mirokaï d'Enchanted Tools reposent sur trois briques, d'après leur fondateur : interaction sociale, navigation sociale, manipulation en contexte humain. Ils tiennent compagnie à un enfant seul dans une salle de radiothérapie, guident des résidents en EHPAD, portent de petits objets. Chez Korben, les robots de service nettoient des hypermarchés et accueillent en restauration : ce sont majoritairement des robots à roues, l'humanoïde y est l'exception.

Les limites en 2026

Yann LeCun, interrogé par la MIT Technology Review en janvier 2026, est direct : les démonstrations de robots qui dansent sont « planifiées à l'avance », et « absolument personne » ne sait rendre ces robots assez intelligents pour être utiles de façon générale, parce que chaque tâche exige une masse de données de téléopération et que la généralisation à un environnement légèrement différent reste faible. Les revues scientifiques citées par Amphisciences pointent les mêmes verrous : autonomie énergétique, robustesse, sécurité au contact des humains.

Un humanoïde vendu en 2026 fait une tâche bornée, dans un environnement préparé, avec une équipe qui l'ajuste.

Calvin chez Renault, en chiffres

Combien coûte un robot humanoïde

💶 Trois niveaux de prix, et un quatrième qui ne se voit pas. Le robot de recherche, le robot de service, le robot industriel, puis l'intégration.

Prix publics : de Unitree à Optimus

Robot Constructeur Prix public Source, date
Unitree G1 Unitree (Chine) « à partir de 13 500 $ » site unitree.com, consulté le 05/09/2026
Mirokaï Enchanted Tools (France) « autour de 50 000 euros à l'achat », plus un abonnement mensuel de plusieurs centaines d'euros Journal du Net, 30 mars 2026
Humanoïde du catalogue Korben intégrateur Korben for People « d'une valeur de 150 000 euros » TF1 Info, janvier 2026
Calvin-40 Wandercraft (France) non public, déploiement industriel sur devis wandercraft.eu
Northstar Uma (France) non public, location annoncée Futura, Electrek, juillet 2026
Optimus Tesla (États-Unis) non public ; Electrek rapporte en janvier 2026 qu'aucun Optimus ne fait encore de « travail utile » Electrek, juillet 2026

Le Unitree G1 est le prix d'entrée du marché mondial. Le LORIA l'a choisi, d'après Génération Robots, pour son rapport performances-budget, l'accès au code et la communauté d'utilisateurs. À l'autre bout, Figure fait tourner ses robots sur des shifts chez BMW à Spartanburg, mais ne publie pas de prix.

Vente, location, robot-as-a-service

Enchanted Tools vise le robot-as-a-service mais y va progressivement, parce que produire un robot coûte cher d'avance et que l'abonnement étale les revenus. Uma annonce d'emblée la location. Korben facture son logiciel de flotte à l'abonnement et propose du RaaS sur le matériel. La question « combien coûte le robot » devient « combien coûte l'heure de robot ».

Le coût caché : intégration et opération

Un Mirokaï embarque environ 1 500 pièces, une complexité comparable à un véhicule compact, d'après son fondateur ; une rupture sur une pièce mineure bloque la production. Côté client, le coût réel se cache dans l'intégration au site, la formation, la maintenance et l'ajustement hebdomadaire vu chez Renault, lignes absentes de tout prix public.

Prix publics des robots humanoïdes

Humanoïde ou pas : le bon facteur de forme

🤔 La question que Reddit pose et que les constructeurs esquivent. « Le facteur de forme humanoïde implique plus qu'il ne livre », titre un fil francophone.

Pourquoi la forme humaine

L'argument des constructeurs est celui de Lucas Goumarre chez TF1 : « les tâches sont faites pour des êtres humains ». Un site conçu pour des bras, des mains et des jambes accepte un humanoïde sans travaux. C'est la thèse de Calvin dans une usine existante, et celle d'Uma pour la manufacture.

Quand un bras ou une base roulante suffit

Si la tâche est fixe, un bras à six axes coûte moins cher et tombe moins. Si le sol est plat et que la charge roule, une base mobile suffit : c'est ce que déploient Korben et la plupart des robots de service en grande distribution. Le pilier swanbase sur la Physical AI répond à la même question dans sa FAQ : la forme humaine se justifie uniquement quand l'environnement ne peut pas être modifié.

Humanoïde, bras ou base roulante ?

Où se place une startup sans construire le robot

🧩 Six couches, deux prises. Construire l'humanoïde est le métier de Wandercraft, Uma, Unitree, Figure et Tesla ; le reste de la chaîne est ouvert.

La chaîne de valeur en six couches

  1. Le hardware : moteurs, structure, batteries, mains. Capital lourd, cycles longs.
  2. Le contrôle : équilibre, marche, manipulation. Le savoir-faire hérité de l'exosquelette chez Wandercraft.
  3. Les modèles : perception, planification, world models. Le terrain d'AMI Labs, de NVIDIA Cosmos, de LeRobot.
  4. Les données : démonstrations, téléopération, vidéos du site réel. Le goulot d'étranglement, d'après LeCun.
  5. L'intégration : adapter le robot à un site, une tâche, une norme de sécurité. Le travail hebdomadaire vu à Douai.
  6. L'opération : flotte, maintenance, supervision, facturation à l'heure. Le métier de Korben.

Les places prises, les places libres

Les couches 1 et 2 sont prises par des acteurs financés. La couche 3 appartient aux laboratoires et aux géants, mais ses briques sont ouvertes (V-JEPA 2, Cosmos, LeRobot), et notre article sur les world models détaille ce qu'un founder peut en tirer. Les couches 4, 5 et 6 sont celles où une startup verticale gagne : les données d'un secteur précis (pharmacie hospitalière, logistique du froid, maintenance nucléaire), l'intégration sur un type de site, l'opération d'une flotte multi-marques. Korben a construit exactement cela, avec un logiciel et des robots d'autres marques.

Partir d'un Unitree G1 comme un labo

Le LORIA et le LAAS-CNRS, d'après le blog de Génération Robots, ont pu faire marcher leurs Unitree presque immédiatement en téléopération et déployer des politiques de marche entraînées en simulation. C'est le chemin d'une startup de la couche 4 ou 5 : acheter un robot d'entrée de gamme, instrumenter une tâche, collecter les données, vendre l'intégration. Le robot devient un outil au service de votre produit. La perception et l'équilibre à bord relèvent de l'edge AI ; la planification, des world models. Si votre startup vise l'une des couches 4 à 6, candidatez à swanbase avec la tâche et le site que vous visez.

La chaîne de valeur d'un humanoïde en six couches

FAQ sur les robots humanoïdes français

Quel est le robot humanoïde le plus connu ?

NAO, conçu par Aldebaran à Paris, reste la référence dans l'éducation et la recherche depuis 2006, avec Pepper pour l'accueil. Son constructeur est en redressement judiciaire depuis février 2025, avec des offres de reprise déposées au printemps.

Existe-t-il un robot humanoïde domestique en France ?

Aucun constructeur français ne vend d'humanoïde aux particuliers en 2026. Uma cite la maison parmi ses cibles futures, et Lucas Goumarre, de Korben, parle d'une commercialisation aux particuliers « d'ici à 10 ans ».

Quel prix pour un robot humanoïde d'entrée de gamme ?

Le Unitree G1 est annoncé « à partir de 13 500 dollars » sur le site du constructeur, hors options, hors intégration. Les laboratoires français qui l'utilisent y ajoutent des semaines d'ingénierie avant qu'il fasse autre chose que marcher.